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La vigne, dont les spécificités sont très liées à des critères météorologiques, s'apprête à vivre une phase de grande mutation --notamment géographique-- en raison du réchauffement de la planète, selon des scientifiques réunis à Dijon à l'occasion d'un colloque (28-30 mars).
Températures mais aussi précipitations et ensoleillement: "la vigne est très fortement influencée par le climat", note Bernard Seguin, de l'Institut national de recherche agronomique (Inra) d'Avignon, un des spécialistes présents à l'Université de Bourgogne qui abrite le colloque sur le thème: "Réchauffement climatique, quels impacts probables sur les vignobles?".La date des vendanges est à ce titre un outil précieux de l'évolution climatique: "une variation d'un degré par rapport à la normale entre mai et août entraîne une variation de 10 jours de la date des vendanges", explique Valérie Daux, du laboratoire des sciences du climat et de l'environnement.
"En disposant d'une longue série de dates de vendanges, et en tenant compte de l'influence exercée par des facteurs extraclimatiques, on peut établir des variations décennales et séculaires du climat", souligne Luca Bonardi, de l'Institut de géographie humaine de l'Université de Milan.
Grâce aux études d'Emmanuel Le Roy Ladurie, membre de l'Institut de France, également présent à Dijon, "+la méthode des vendanges+ a permis des reconstructions assez fidèles concernant les six derniers siècles du climat en France", observe M. Bonardi.
A l'étude du seul XXe siècle, le constat du réchauffement climatique est sans appel. "Vers 1945, les vendanges à Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse) intervenaient début octobre. Aujourd'hui, c'est début septembre", relève Bernard Seguin.
En outre, la perspective scientifique d'un réchauffement croissant de la planète devrait avoir des effets majeurs sur l'emplacement des vignobles.
"En Europe, la limite septentrionale de la culture s'étendait en 1946 de la Bretagne à l'Ukraine, en passant par Paris et Berlin. D'ici 2100, elle devrait remonter jusqu'en Scandinavie", fait valoir le scientifique de l'Inra.
En 2050, "on pourrait assister dans le sud de la France à des vendanges début août. Et les Côtes du Rhône ressembleront peut-être à du Sidi Brahim", un vin d'Afrique du Nord, estime-t-il.
En effet, l'évolution géographique des cépages devrait, elle aussi, être significative.
A chaque cépage son climat, comme le signale Grégory Jones, de l'Université Sud Oregon: pour le Pinot Gris, la température moyenne durant la période de phénologie -qui court du premier bourgeon à la maturation- doit être de 13 à 15 degrés, 16-20° pour la Syrah ou encore 18-22° pour le Nebbiolo.
De telle sorte qu'à l'heure actuelle on ne trouve de la Syrah que dans le Sud de l'Europe. "Mais en 2100, avance Bernard Seguin, il sera peut-être possible d'en cultiver en Champagne".
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